Patrimoine Communal

Entre 1940 et 1968, à Preuilly, Henri Sirop, cultivateur, avait exercé également la profession d’huilier. L’huilerie, encore existante, se trouve dans une petite maison rurale au cœur du village.

Henri est né à Quincy, au café de La Croix-Blanche, il commença à travailler dès l’âge de 14 ans, avec son père. Leur activité était diversifiée (agriculture traditionnelle et viticulture) mais ils possédaient aussi deux alambics et l’huilerie de Preuilly.

A cette époque, la journée d’Henri Sirop débute dès 5 h du matin. Tout d’abord, il passe chez ses clients, qu’il réveille parfois pour le ramassage des noix.

Henri est accompagné d’un commis car il faut être deux pour assurer quelques « vingt passes » par jour ; une passe permettant de fabriquer de l‘huile à partir de 20 kg de cerneaux. Parfois le client apporte à l’huilerie ces cerneaux, mais Henri était obligé de faire cette tournée matinale car, bien entendu, tous n’avaient pas de moyen de transport.

L’huilerie est équipée d’une meule en pierre qui au début du siècle était actionnée par un cheval. L’électrification, naturellement, viendra plus tard. La meule est constituée d’une roue tournante, légèrement conique d’environ 60 cm de largeur, d’un mètre trente de diamètre, et d’un poids d’une tonne et demie. Elle tourne sur deux pierres à plat, en demi-lune, qui, à elles deux, pèsent trois tonnes. C’est de la pierre de Villeneuve-sur-Cher, elle a la particularité de ne pas geler.
La seconde étape de fabrication consiste à récupérer la pâte de cerneaux ainsi obtenue et à la mettre dans la «casse» pour une cuisson d’environ 30mn. L’opération se termine en mettant la pâte dans une presse; la pression est de 30 tonnes pour voir enfin l’huile s’écouler dans des pots en grès.

Vingt kilos de cerneaux donneront environ dix litres d’huile, mais pour Henri, le meilleur rendement est donné par des noyers qui poussent sur roche, et en terrain calcaire: on peut alors aller jusqu’à dix litres et demi et la qualité de l’huile est encore meilleure.

L’huilerie fonctionne pendant la période hivernale de décembre à février. La journée d’Henri se termine aux alentours de 20 h, et c’est après ce dur labeur qu’il peut enfin, avant de rentrer chez lui, s’arrêter au café du village, chez Jean Sorbe. Les enfants de l’école proche viennent souvent «fouiner » à l’huilerie pour manger en catimini la pâte de noix fraîchement pressée et encore chaude.

Pas facile à voir, le moulin de la Braye. Cachée dans la verdure, près du Cher, cette ruine imposante est pourtant là depuis huit cents ans. A Preuilly on voudrait bien qu’il sorte de l’oubli…

Cachés au cœur de la verdure, au bout d’un sentier, près de la rivière le Cher, les vestiges imposants du moulin de la Braye ont encore fière allure. Pourtant, ce morceau du patrimoine preuillois est laissé à l’usure du temps, et de l’eau qui au gré de ses hauts et de ses bas, vient lécher les vieilles pierres. C’est qu’il faudrait une manne assez importante pour arriver à redonner un bon état à ce moulin dont ne subsiste aujourd’hui qu’une partie des murs et un pan de bâtiment.

 Les bonnes volontés sont là. Mais comment faire? Fernand Bugeon ancien maire, aujourd’hui décédé, ce féru d’histoire (de la grande, mais aussi de celle qui touche sa commune) s’était plongé dans les recherches afin de mieux connaître l’histoire de cette bâtisse. Pour lui, ce lieu oublié se devrait d’être mis en lumière. Ses recherches l’ont conduit jusqu’en 1177 époque où le bourg a été donné par les religieux, au seigneur de Mehun-sur—Yèvre, lors du chapitre de saint Austrégésile. « Il y avait dans ce bourg un moulin, mais est-ce celui qui reste ? ». La question reste en suspens.

Par contre, en 1231, les archives évoquent l’existence du moulin actuel. « ll devait y avoir un meunier salarié des chanoines. Mais l’énigme reste quant à savoir pourquoi il a été concédé au seigneur de Mehun ».

Du haut de sa roue, il verra les frasques de l’histoire. Et jusqu’au XV° siècle il sera dénommé le moulin du chapitre. Puis il deviendra le moulin de la Braye car il existait une métairie au cœur du fief des chanoines. « Le duc Jean avait une douzaine de chevaliers qui le suivaient partout. Deux étaient de la région, Jean de La Braye et Jean du Tramblay. Il a peut être peut-être fait cadeau du moulin de Preuilly,d’où le nom ».

En 1871, c’est Jean Brunet, natif de Quincy qui rachète le moulin, mais il semble plus interressé par les terres et les bâtiments agricoles concédés que par le moulin qui avait déja, sans doute, perdu de son importance . En 1898 un incendie le ravage. Il ne restera que les murs et les fondations. Puis au début du siècle, c’est mademoiselle Louise de Bourbon, propriétaire de Villeperdue qui achète les restes du moulin et ses dépendances. « ll était alors question de faire un pont prolongeant la route de Cerbois qui aurait pu traverser sa propriété. Chose qu’elle ne voulait pas ». Elle fait construire une nouvelle digue en 1910 en remplacement de l’ancienne mais elle s’en tiendra là et le moulin ne sera pas relevé.

En 1962 les services de l’équipement prétextant le nettoyage du lit du Cher pour faciliter le passage des crues démollissent cette digue en très bon état, qui n’avait jamais servi et à laquelle il ne manquait que des vannages pour être mises en sevice. On reconnait moins de zèle à nos technocrates et politiques contemporains pour entretenir notre « Cher » rivière. Puis l’eau a coulé et le temps a fait son œuvre. Pourtant il semble, d’après l’historien mehunois Philippe Bon, qui s’est penché sur ces pierres, que seulement deux autres moulins en France sont aussi vieux. C’est justement pour cela, qu’à Preuilly nous aimerions faire en sorte de maintenir au moins l’existant en état.
Marie-Noëlle Porte,article du Berry Août 2000, plus de précisions dans l’ouvrage de F.BUGEON

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